Enfin, c’est pas moi qui le dit, mais Doris Lessing , le nouveau prix Nobel de littérature, qui a dénoncé les « inepties d’Internet » durant son discours de réception du Nobel.

Forcément les réactions « en ligne » ne se sont pas faites attendre (un exemple). Mais je trouve qu’elle sont souvent très (trop) virulentes.
Bien sur, on peut y voir les « les allégations d’une vieille femme ignorante » (Techcrunch), mais je ne vois pas comment il pourrait en être autrement, elle a 88 ans, a traversé une guerre, était communiste pendant la guerre froide, féministe dans les années 50, et est connue pour ces prises de paroles rarement politiquement correctes.

Pour reprendre un peu de jargon Internet, ne serait-on pas là devant un somptueux troll finalement ? (on parle de troll pour un message dont le caractère est susceptible de générer des polémiques ou étant excessivement provocateur – Wikipédia)
Troll rudement efficace si j’en crois les réactions !!

Et puis, pour avoir lu des extraits de son discours, je ne trouve pas qu’il soit si dur que ça :

“Nous sommes dans une «culture à fragmentation, » où nos certitudes datant d’il y a seulement quelques décennies sont remises en question, et où il est fréquent que les jeunes hommes et les jeunes femmes qui ont bénéficié d’années d’études ne sachent rien du monde, n’aient rien lu, ne connaissent qu’une spécialité ou une autre, les ordinateurs par exemple. »

Il est pour moi réel que les formations actuelles poussent à la spécialistation, surtout dans les domaines technologiques où la complexité grandissante pousse à être de plus en plus pointu dans un domaine de compétences, qui lui est forcément de plus en plus étroit.

« Ce qui nous est arrivé, c’est une invention incroyable : les ordinateurs, Internet et la télévision. Une révolution. Ce n’est certes pas la première révolution que nous, l’espèce humaine, affrontons. La révolution de l’imprimerie, qui n’a pas été seulement l’affaire de quelques décennies mais s’est étalée sur beaucoup plus de temps, a changé notre vision du monde et nos modes de pensée. »

Tout comme l’avénement d’Internet a changé le mode d’accés à l’information, en détruisant la lecture linéaire, et en racourcissant le trajet à effectuer pour accéder à l’info recherchée. Mais la possibilité d’accéder directement à un contenu précis n’a t’elle pas permis cette spécialistation dont on parlait plus haut, et donc peut-ête cette ignorance de ce qui ne touche pas à notre spécialité. Si je veux aujourd’hui trouver de l’information sur un sujet précis, un moteur de recherche peut me la fournir, dénuée de tout emballage, de toute histoire, de toutes références.

« Téméraires, nous l’avons acceptée sans réserve, comme toujours, sans jamais nous demander : « Que va-t-il maintenant advenir de nous avec cette invention de l’imprimerie ? » De la même façon nous n’avons jamais pris une seule fois le temps de nous demander : Comment allons-nous, comment nos esprits vont-ils évoluer avec la nouveauté d’Internet, qui a séduit toute une génération pour la convertir à ses inepties, au point que même des êtres tout ce qu’il y a de plus raisonnable avoueront que, une fois accrochés, il leur est difficile de se déconnecter, et qu’ils peuvent se laisser entraîner à passer une journée entière à bloguer etc.” (Traduction Isabelle D. Philippe)

Là l’attaque (le troll ??) est plus directe et j’apprécie moins (peut-être car j’ai déjà passé trop de temps à écrire cet article, ;-) ).
Je crois qu’il y a des dérives quelque soit le média, les fanas de littérature qui passe la journée dans un livre, au point d’ignorer la vie autour d’eux sont légions aussi. Et ne parlons pas des excés de certains écrivains. (et paf !! Dantäghl, comme dirait Plug-In)

« Nous possédons une mine — un trésor – de littérature (…). Tout est là, cette profusion littéraire, prête à être sans cesse redécouverte par quiconque a la chance de tomber dessus. Un trésor. Imaginez qu’il n’ait jamais existé. Comme nous serions vides, pauvres ».

Personne ne songerait à remettre en cause la richesse des oeuvres littéraires existantes, tout comme aujourd’hui on retrouve sur le Net des perles d’écritures.

Je ne crois pas qu’il y est des médias plus respectables que d’autres, ce ne sont que des outils, et seul le talent de ce qui les utilisent les rend « respectables » ou pas, de la même manière que seule la soif de connaissance et la curiosité de ceux qui les reçoivent en font une ineptie ou des éléments d’une culture.

PS : Juste le temps d’écrire le billet, et les commentaires sur le billet d’origine de Techcrunch rejoignent mon point de vue sur la « légéreté » de l’attaque contre Doris Lessing, certains offrant même des analyses bien plus poussées que la mienne, je vous invite à leur lecture.

 



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